La valise imaginaire, c'est celle qu'on trimbale partout et à toute heure avec nous, celle qui contient nos secrets, nos illusions perdues et celles qui respirent encore, et les souvenirs de nos vies fantasmées.

The Imaginary Suitcase, c'est aussi l’avatar solo de Laurent Leemans, chanteur et guitariste de Ceilí Moss de 1996 à 2015 et avant ça chanteur de La Vierge du Chancelier Rolin dans les années 90.

Cracker chantait "what the world needs now is another folksinger like I need a hole in my head" et ils n'avaient pas tort, mais en 2012, après 14 ans passés à jouer du folk-rock pied au plancher au sein d’un groupe de 5 à 8 musiciens, l’envie de faire vivre certains morceaux non retenus pour Ceilí Moss a été plus forte que l’appréhension de devenir le énième niaiseux à gratte sèche qui ulule ses états d’âme sur deux accords et demie et vous fait comprendre ce que Schopenhauer voulait dire quand il parlait de l’ennui comme expérience métaphysique…

Ce projet, entamé comme une simple récréation et dont Laurent n'attendait pas grand-chose hormis le plaisir égoïste de faire exister des morceaux personnels, a depuis pris une ampleur totalement inespérée, au gré de concerts (étrange et destabilisant au début de se retrouver seul sur scène quand on a toujours eu une demi-douzaine d'excellents musiciens sur qui s'appuyer!), d'articles élogieux et de commentaires enthousiastes dans la blogosphère et de coopérations ponctuelles avec Jean-François Durdu (de Ceilí Moss, Camping Sauvach et Bow), Marc Gunn (des Brodbingnagian Bards), Jessica Kilroy, Seesayle, Formiga & Cigale, Tiny (de Doosra), Marieke Lightband et Florence Estragues.

Une musique sans artifices mais riche en intensité, construite autour d’une voix (pensez au fils qu'auraient pu avoir Suzanne Vega et Nick Cave) grave et profonde, capable de caresser comme de griffer, portant des textes volontiers sarcastiques à propos de la vie, de la mort et des moments flippants entre les deux, posés sur de faussement simples accords de guitares acoustiques ou d'autoharp avec quelques percus pour offrir un show étonnamment dense, généreux et varié pour un type tout seul.

Peut-on dire que The Imaginary Suitcase est une sorte de World of Skin wallon ou le jumeau maléfique de Joseph Arthur? Pourquoi pas, et l’auditeur reconnaîtra sans doute assez vite l’influence de The Jesus & Mary Chain, The Smiths, Nick Cave, Rowland S. Howard, 16 Horsepower/Wovenhand, Paul Roland, Brendan Perry, The The, Death In June, Hugo Race, Lloyd Cole ou encore Leonard Cohen.

En quatre ans à peine, The Imaginary Suitcase a sorti sept rondelles autoproduites: Here’s to those we could not save, Putting things on top of other things, Full moon fever, Driftwood et Fake Blood From Real Wounds, auxquels il faut ajouter les postscriptums Live in the Ardent City et The shape of things forsaken.

Après cette période frénétique, The Imaginary Suitcase est entré dans une phase d'hibernation, pour des raisons diverses qu'il serait oiseux d'énumérer ici en détail. Ce qui n'a pas empêché la genèse, lente mais pas douloureuse, de Thy Grace & Wisdom, finalement sorti en octobre 2017.

A suivre ...